Forum dédié aux combats de la Poche de Trun - Chambois
 
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 M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008

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Ze-Pole



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MessageSujet: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Sam 9 Aoû - 15:50

A noter. Cet été, aux cérémonies du samedi 23 août prochain, au Montormel, on notera la présence de M. Stefanski dont je vous propose ci-dessous le témoignage.

Monsieur STEFANSKI Henri, 24ème Régiment de Lanciers.

Je suis né en Pologne, à Ispina, dans le Sud du pays, en 1919.
Je suis arrivé en France, en 1926, près du Chemin des Dames, pour rejoindre mon père, arrivé en 1922, qui travaillait dans des grosses fermes. J’avais un frère, Antoine et une sœur Jeanine.

Je travaille dans l’agriculture, dès l’âge de 14 ans.

En 1939, je suis toujours citoyen polonais, et me porte volontaire pour la durée de la guerre au bureau de recrutement à Laon. Ils voulaient m’envoyer en Afrique du Nord, j’ai refusé. Je me suis retrouvé à Coëtquidan au 1er Régiment d’infanterie. Tous les jours, des volontaires arrivaient ; on étaient de plus en plus compressés pour laisser la place aux nouveaux venus ; il a fallu aller sur Pimpon pour s’installer dans de vieilles maisons. On était à quatre. On y a nettoyé de très vieilles maisons. C’était l’hiver 39-40, très rigoureux. On avait froid. On a été logés avec des copains chez une meunière chez qui on travaillait pour donner le coup de main en échange. On faisait presque partie de la famille. Le matin : exercices militaires. L’après-midi : ambiance familiale.
Après direction le Midi de la France, à Bollène Mondragon, en vue d’une instruction pour devenir sous-officier. Les Italiens nous attaquent. On a reculé jusqu’à Arpajon. On a été habillés tout neuf ; on a abandonné nos lebels et on nous a donné des mousquetons. On a reçu l’ordre d’arrêter des Allemands. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans les éprouvants combats de Montbard et Champaubert. Nos Hotchkiss étaient un peu dépassé face à des chenillettes allemandes rapides et lourdement armées et équipées.
On a reculé jusqu’à Laverdon, où il y avait un port et surtout un bateau, sûrement anglais. On a monté nos mitrailleuses sur le pont , et même un canon de 25mm pour nous défendre contre des sous-marins éventuels ou la Luftwaffe. On a embarqué pour l’Angleterre. Un Stuka nous a bombardé, mais sa bombe est tombée à côté. Le mitrailleur n’a pas eu le temps de tirer. Le clairon sonne, on part. On devait être environ 500 soldats polonais. C’était en Juin 1940, mais je ne me rappelle pas le jour exact. On a quitté vers 5 heures du soir ; deux jours et nuits de traversée et nous voilà à Liverpool. La Croix Rouge anglaise nous accueille : thé, cigarettes, sandwich. Mais on nous a nous a confisqué nos mitrailleuses, et pistolets mitrailleurs.
Nous sommes ensuite dirigés entrain sur Glasgow, au stade, où la logistique nous y a avait précédé : cuistot, couvertures, toilettes.
Nous avons été très bien accueillis par des habitants de Glasgow, pendant huit jours, mais pas moyen de parler ! Tout le monde voulait recevoir des Polonais chez eux. Les Ecossais (tous les Anglais) étaient exceptionnels.

On prend ensuite le train pour Arbroath ; les Anglais étaient partis en Afrique du Nord, et on s’est installés dans leurs casernes. On surveillait la mer ; on avait peur que les Allemands débarquent en Grande Bretagne depuis la Norvège. On creusait des nids de mitrailleuses. Les Anglais étaient rassurés ; au début, on avait encore nos mousquetons ; ensuite on a eu des enfield. On a eu quelques alertes, mais je n’ai jamais vu un seul Allemand. On avait 5 kilomètres de cotes à surveiller, patrouilles à pieds, à trois gars. Dès le début, je suis déjà dans la 24ème Lanciers, un régiment aux traditions anciennes. On y avait de bons officiers.
On pleurait pour avoir des chars. Maczek voulait des blindés. On a eu des chars pour l’exercice (Cromwells). On a fait des manœuvres avec les Canadiens, et même la 2ème DB de leclerc. Mais cela n’a pas duré car c’était le moment du Débarquement et on a reçu l’ordre de stopper les transmissions radios. On était dans le secteur de Newmarket. 6 juin 1944 : on sait enfin qu’on va mettre les pieds en France. On n’imagine pas être tenus à l’écart du grand affrontement pour nous, cela avait un arrière-goût de règlement de comptes).


By zepole
Unité de M. Stefanski en Ecosse. 1942.


En Ecosse, les routes étaient en épingles à cheveux, et avant même d’aller au combat, nous avions déjà subi des pertes au cours de nos exercices, comme la fois où un char, au lieu de ralentir sur ces routes sinueuses, passe en travers de la balustrade et tombe à l’eau dans la rivière en contrebas. Quatre gars ont été noyés.
Vers la fin, on a reçu des sherman ; c’était des bons chars mais bien trop hauts. Je préférais les Cromwells. En Normandie, j’étais brigadier chef, kapral. J’étais pilote de char. Le chef de char était le sergent WUCIK Jan. TOMALA était le radio. JANCZYK était le pointeur. DZCA Jan était chargeur. Mon char s’appelait « Betty ». J’étais au 24ème Lanciers, 1er escadron, 1er peloton. Le capitaine Morawski était notre chef d’escadron. Un officier doué, diplômé. Tous les officiers étaient des camarades. Au début, ils ne voulaient que des Polonais de Pologne, car beaucoup de ceux venant de France ne parlaient pas Polonais, mais très rapidement, tout le monde a su parler polonais et les officiers étaient très contents d’avoir des soldats bilingues en vue des opérations en France. Beaucoup de volontaires sont venus aussi d’Argentine et du Brésil.

Fin juillet, nous embarquons dans les ports anglais. On a eu peur, je dois bien l’avouer, en montant dans le bateau, de se faire couler ; mais quand on vu qu’il y avait tellement de forces aériennes alliées, on a eu alors le sentiment d’être invulnérables.
Je débarque pur ma part à Arromanches, sur le fameux port préfabriqué, un truc incroyable !
La route avait été ouverte au buldozer dans les ruines de Caen, et on nous montrait la route à emprunter. Les vestiges de la ville faisaient froid dans le dos et n’étaient pas rassurants.
Le 8 août, c’est mon baptême du feu, mon premier combat en Normandie. On s’est bien battu, on a bousculé les Allemands, ils ont contre-attaqué, mais comme on n’avait pas d’infanterie, et il a fallu reculer. Après, on a réorganisé le dispositif et l’infanterie a été à nos côtés (on était avec l’infanterie du 10ème Dragons Portés). On s’est retrouvé pas loin du bombardement US par erreur, mais pas dessous, fort heureusement.

Mon escadron devait se trouver aux environs de Soignolles quand l’ordre nous fut donné, par le capitaine PREPCHA de nous rendre en observation sur un poste avancé, un petit bois, afin de protéger notre escadron. Carte en mains, nous partons en plein après-midi, sous un soleil de plomb. Une fois sur le lieu, nous camouflons notre char et prenons contact avec notre unité. Sous cette forte chaleur, mes camarades remettent torse nu et tapent le poker, à l’ombre du char. Moi, les jumelles au cou, je tourne autour de celui-ci en observant la plaine. Soudain, après deux heures d’observation, quelque chose bougea à trois cent mètres de nous. Je préviens mon sergent et nous regardons à tour de rôle dans les jumelles. Nous reconnaissons une colonne d’Allemands qui se faufile et avance vers nous. Je bondis sur le fusil mitrailleur et ouvre le feu. Ils prirent la fuite et l’escadron nous donna l’ordre de repli. En rendant compte de notre mésaventure, nous apprîmes que l’ennemi voulait nous faire prisonniers et s’emparer du char. Je fus inscrit pour la Croix de la Valeur Militaire Polonaise.


By zepole
M. Stefanski procédant à une réparation sur un sherman polonais.


C’est à Chambois surtout que les combats ont été épouvantables. Tout le monde était au combat, même les cuistots et les secrétaires. On pensait qu’avec la défaite des Allemands dans le Couloir de la Mort, la guerre était finie. On ne pensait pas que les Allemands pouvaient s’en remettre.
La vision dans le Chaudron était impressionnante. Les Allemands avançaient, hagards, et on avait le sentiment qu’ils se portaient tous contre nous. Les prisonniers allemands étaient remis aux troupes américaines ou canadiennes.
Certains prisonniers étaient d’origine polonaise et étaient bien heureux de nous rejoindre, même pour la nourriture et les cigarettes ! Ils parlaient les deux langues et c’était aussi pratique que ceux qui comme moi parlaient le français. Ils nous disaient que la Wehrmacht en avait assez de la guerre mais qu’avec les SS, c’était autre chose.

Très souvent, face aux chars allemands, on prenait une dérouillée. Je me rappelle qu’un jour on a perdu 10 chars. Le Sherman était très haut. Un Panther et un Tigre étaient mieux blindés, les équipages étaient bien organisés, même dans la défaite, et leurs chars plus bas. On se méfiait des messages radios ; certains disaient voir des chars partout et une fois sur le site prétendu, ils étaient partis. On tremblait comme des voleurs lorsque les obus tombaient. C’était nerveusement très dur. L’infanterie faisait une tranchée autour d’un bois dans le secteur de Chambois pour nous protéger.
Le plus dur c’était d’entendre « Stanislas il fume ! » « Jozef est touché ! ». Avec le recul, je me dis que j’aurais préféré être dans l’infanterie que dans les chars. Dès qu’il y avait un blessé, on l’évacuait vers l’arrière du front où il y avait toujours une infirmerie. La nuit, les blessés hurlaient. Mais on ne savait pas qui était blessé, allemand ou polonais ? Qui était à côté de nous ? On ne savait pas. La nuit, c’était vraiment épouvantable. Mon char n’a pas manqué de munitions à Chambois. Chose étonnante, je ne me rappelle pas des Américains à Chambois, même après les combats. Ils avaient leur secteur, nous avions le notre. Il faut dire qu’on avait bien besoin de repos. Certains de mes amis allaient les voir juste après le combats, en jeep, et leur criait « Polish Army » ce qui leur permettait d’obtenir des cigarettes instantanément. Tous les onze jours, on avait un ration de whisky. La nourriture était de très bonne qualité. Midi : la ravitaillement nous parvenait dans des seaux. On se mettait à l’abri dans des bosquets et on cassait la croûte tranquillement. La logistique était bonne.

On a eu droit à quelques jours de repos (heureusement !) je crois que c’était à Chambois même. Après, c’est la Poursuite jusqu’à Abbeville. On y a pris les Allemands à revers, par Port-le-Grand. La ville est prise intacte ; on n’a pas bombardé. On a fait pas mal de prisonniers. Hesdin, Saint Omer où on a eu un tué de l’infanterie (sûrement du 10ème Dragons) dans un bren carrier touché par un bazooka.

Puis c’est le passage de la frontière belge. A Gand, on y reste presque 8 jours. Les Allemands bombardaient Gand et on avait reçu l’ordre de détruire les canons allemands de gros calibres (deux chars du 24ème Lanciers y sont allés et ont réussi la mission).

Belgique : j’ai trouvé les combats moins importants. Il faut dire que les Allemands ne cherchaient pas vraiment à faire une ligne de défense. Jusqu’à Breda, en Hollande, les engagements sont moindres. Par contre à Breda même, les combats sont très difficiles ; les Allemands avaient fait creuser une tranchée anti-chars par la population. Les combats sont intenses dans les rues, où le régiment du 24ème Lanciers est engagé.
On y est resté en quartier d’hiver. La population y a été formidable.

Au bout de 6 mois de front, on avait le droit à une permission, d’une semaine. Je prends leamion jusqu’à Lille, après « Débrouillez-vous » … Je prends le train jusqu’à Douai. Je fais de l’autostop. Coup de chance, je tombe sur un Anglais qui me déposé à côté de Coucy-Château, pas trop loin de chez moi. Je fais quelques centaines de mètres, une jeep avec des Américains arrive, me fait prisonnier… C’était au moment de la bataille des Ardennes, et ils cherchaient des espions. Ils me désarment, prennent ma mitraillette. C’était le jour du réveillon. Je leur explique que je dois reviens en famille passer la « Happy New Year ». Je suis mené à Margival, QG de l’Aine, et suis réinterrogé par un officier qui me renvoie à Soissons. J’y rencontre un officier US qui parle polonais, et qui commande à ses hommes de me déposer où bon me semble. Ouf, je respire. Je me voyais finir en prison…
J’étais en uniforme, mon père ne m’a pas reconnu. Il était très heureux. Il m’a conduit chez ses patrons, mais il m’a fallu retourner dès le soir. Faut dire qu’une semaine de permission, c’est peu, surtout avec autant de temps perdu…


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M. STEFANSKI, en tenue des compagnies d'éléctro-mécaniciens


Hiver 1945, la guerre n’est pas finie, c’est le retour au combat. On croyait pourtant les Allemands anéantis dès septembre 44 ! On rentre en Allemagne, on se battait peu. On voyait des drapeaux blancs sur les portes et fenêtres. On fraternisait aussi avec certains. On nous proposait même de laver notre linge mais on ne le faisait pas car on ne savait pas combien de temps on était arrêtés.

Wilhelshaven : nous finissons notre mission en Europe de la plus belle manière en nous emparant du plus grand port de la Kriegsmarine. C’est là que j’y ai perdu un bon copain : WUCIK est mort noyé en prenant un bain dans une rivière. Il avait survécu à toute la guerre une égratignure.

Pendant la période d’Occupation, on était à Meppen, au QG de la Division. J’y ai été démobilisé en 1946. J’ai rejoint l’unité des electrical and mecanical engeeners de la Division, passionné par la mécanique.

En 1958, je suis retourné voir ma mère en Pologne qui y était retournée avant guerre déjà. J’ai attendu la mort de Staline pour y retourner.
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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Sam 9 Aoû - 16:51

Bonjour Stéphane ,

Comme toujours trés beau témognage , ce qui me fait regretter de ne pas etre de votre .

Sur la premiere photo c'est ecrit " Peloton école de Mitrailleuses Lourdes du 24 éme Lancier "

Par contre y aurait-il une erreur de traduction ? car le grade de Kapral est celui de Brigadier et que celui de Brigadier-Chef et celui de Plutonowy . Par contre sur la derniere photo il porte la distinction de Starzy szeregowiec ou 1 Classe ???

Sinon a lire son histoire ça m'en rappel d'autres racontées à une époque ou la Télé n'avait pas la place central dans le foyer et que tout jeune que nous étions nous écoutions avec avidité .
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Ze-Pole



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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Sam 9 Aoû - 17:23

Les grades polonais et moi... Shocked
Ze-Pole
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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Sam 9 Aoû - 21:48

et encore à l'époque c'etait facile , ils en ont rajouté depuis Very Happy a savoir si ils seront conservé avec l'actuel mise enplace de l'armée de metier .
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Ze-Pole



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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Jeu 25 Aoû - 20:11

Bonsoir,
Monsieur Stefanski est décédé aujourd'hui.
Un des derniers acteurs polonais des combats en Normandie vient de nous quitter.
Ze-Pole


Dernière édition par Ze-Pole le Jeu 10 Oct - 7:46, édité 1 fois
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Tristan
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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Jeu 25 Aoû - 22:47

Triste nouvelle Stéphane..
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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Dim 28 Aoû - 19:44

Bonsoir ;

Condoléances à sa famille et ses proches ! Triste nouvelle en effet .

Cdt
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MessageSujet: Re: M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008   Aujourd'hui à 11:11

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M. Stefanski, 24ème Lanciers, présent le 23 août 2008
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